Concert : DAS HAUS présente Ora Mystica par MNEMØSYNE

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Certains soirs, on entre dans une salle sans trop savoir ce qu'on va entendre, et on en repart un peu différent. C'est exactement ce que nous cherchons à DAS HAUS avec Ora Mystica — Et nous pensons que MNEMØSYNE pourrait bien être le duo idéal pour relever ce défi.

Le point de départ paraît simple : deux voix, deux instruments, deux musicien·nes puisant aux extrémités de l'histoire de la musique. Mais ce qu'Eugénie De Mey et Michaël|le Grébil Liberg ont construit ensemble tient moins du concert que d'une sorte de temps habité. Leur programme se déplace entre chants grégoriens chantés en temps de guerre, les visions de la mystique flamande Hadewijch d'Anvers, et les chansons d'amour du troubadour Jaufre Rudel, avant de se glisser doucement dans le XXe siècle — dans le quasi-silence du compositeur Morton Feldman, les structures ouvertes du avant-gardiste John Cage, et les drones modaux du pionnier du Jazz Ornette Coleman. Il ne s'agit pas de deux mondes séparés coexistant côte à côte. Elles se fondent l’une dans l’autre et se révèlent mutuellement, tout en subtilité. En filigrane, une question traverse l’ensemble : que signifie chercher l’absolu à travers le son ? Une quête qui trouve tout autant sa place dans une abbaye médiévale que dans un loft américain des années 60.

Eugénie De Mey déploie un mezzo grave et voilé, capable de se poser dans une chaleur profonde comme de s’élever vers des nuances limpides et aériennes. Un timbre façonné par des années d’immersion dans les musiques anciennes, la musicologie et la direction de chœur, entre Bruxelles, Paris, Lyon et Genève — avec, depuis toujours, la musique contemporaine et la danse inscrites au cœur de son parcours.

Elle a fondé TROBAR PROJECT, dédié aux rencontres enracinées dans le chant médiéval, et co-créé MNEMØSYNE avec Michaël|le, le duo par lequel elle rassemble désormais tout : monodie grégorienne, mystiques médiévales, improvisation et le minimalisme à combustion lente de compositeurs qui demandaient à la musique de faire moins et de signifier davantage.

Michaël|le Grébil Liberg est plus difficile à cerner. Un·e artiste qui travaille dans la tradition des anciens trobars : en partie interprète de musique ancienne (Hesperion XXI avec Jordi Savall, Alla Francesca, ClubMedieval), en partie compositeur·rice pour le théâtre et la danse, en partie auteur·rice d'essais poétiques et cinématographiques, et l'inventeur·rice d'un instrument à archet hybride, la cetera øscurå — une cistre frottée qui se situe quelque part entre le médiéval et l'imaginaire. Tout ce que fait Michaël|le s'inscrit dans ce qu'iel appelle l'Inner Chapel Initiative : une investigation continue, profondément personnelle, sur le temps, l'inconscient et l'aura des choses menacées de disparition. Leur dernier essai filmique, 137, a été sélectionné dans des festivals à Grenade et à Gênes. Ce soir, iels font entrer tout cet univers patiemment construit dans un espace partagé, entre canapés et inconnus — et à bien y réfléchir, n’est-ce pas précisément ce que faisaient déjà les mystiques ?

Certains sons ont attendu 800 ans de trouver la bonne salle. Nous pensons que DAS HAUS, un soir de mai, pourrait bien être cette salle.