À DAS HAUS, on aime ce moment où toute la salle se penche collectivement vers une écoute commune. Karski meets Noury: an electric conversation est fait pour ça : un public de tous horizons, des canapés rapprochés, et une musique qui ne fait pas comme si les 200 dernières années n’avaient pas eu lieu. Beethoven est là… pas sagement posé sur un pupitre, mais vivant dans la pièce—avec un quatuor à cordes qui en maintient le fil, et une guitare électrique prête à s’y inviter.
Fragile et obstinément lumineux, l’Adagio du Quatuor n°15, op. 132 de Beethoven est l’ancre de la soirée—celui qu’il a écrit comme un remerciement discret après avoir retrouvé la santé. Le Karski String Quartet entre dans l’arène avec le langage brut et improvisé de Clément Nourry : des lignes classiques nettes rencontrent la couleur électrique, avec des fragments d’ADN rock et une humeur dark-pop qui fait signe à The Velvet Underground et Depeche Mode. Ce que vous vivez, c’est un dialogue en direct—atmosphérique, légèrement risqué—du genre qui vous fait entendre autrement quelque chose que vous pensiez déjà connaître.
Fondé en Belgique en 2018, le Karski String Quartet attire les regards depuis ses débuts, avec un jeu qui glisse naturellement de l’élégance de Haydn aux répertoires les plus actuels. Les violonistes Kaja Nowak et Natalia Kotarba, l’altiste Diede Verpoest et la violoncelliste Julia Kotarba se sont trouvés à la Resonances Festival Academy, ont remporté le Grand Prize et l’Alumni Prize au concours Triomphe de l’Art à Bruxelles, puis ont travaillé avec des mentors comme David Waterman, tout en étant artistes en résidence à la Chapelle Musicale Reine Élisabeth. Portant le nom de Jan Karski, héros de la résistance pendant la Seconde Guerre mondiale dont la compassion traversait l’obscurité, le quatuor considère chaque concert comme un acte de lien. En ce moment, ils sont en résidence à DAS HAUS, et utilisent ce temps pour répondre au son de Nourry par leurs propres improvisations et interventions électriques.
Clément Nourry est une présence discrète mais influente sur la scène bruxelloise depuis plus de vingt ans, mêlant mélodie post-romantique, aisance jazz, morsure blues et pulsation rock en une signature bien à lui. Après avoir commencé par le cor, étudié les mathématiques et obtenu un master de guitare jazz au Koninklijk Conservatorium Brussel, il passe avec la même aisance du rôle de sideman auprès de Kris Defoort ou Nicolas Michaux à la direction de ses propres projets : le power-trio atmosphérique Under the Reefs Orchestra et les textures drones de Yokai. Ce soir, son monde électrique—iconoclaste, parfois rêveur, parfois rugueux—se glisse droit dans Beethoven et refuse les règles habituelles.
Voilà pourquoi on se retrouve encore dans de petites salles à Bruxelles : pour voir la musique changer de forme, en temps réel, et repartir avec quelques nouvelles fréquences dans la poitrine. Venez pour Beethoven, restez pour l’étincelle!